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Un secret trop bien gardé

Depuis trois ans, finance Montréal tente d’accroître la compétitivité et l’attractivité de Montréal par rapport aux grandes places financières mondiales. Malgré l’importance de son secteur financier, il reste fort à faire pour que Montréal se hisse au palmarès des 15 centres financiers les plus importants. Un palier que compte bien franchir d’ici cinq ans Éric Lemieux, directeur général de Finance Montréal et du Centre financier international (CFI) Montréal.

Finance et Investissement : Cette année, Montréal s’est classée au 16e rang du Global Financial Centres Index (GFCI). Une légère amélioration par rapport à l’an dernier, mais elle est encore loin des grands centres financiers mondiaux ?

Éric Lemieux (É. L.) : Nous n’avons pas l’ambition de devenir New York, Londres ou Hong Kong, car il faut être réaliste par rapport à notre développement et notre histoire. Nous voulons nous situer entre la 10e et la 15e place. Montréal est un secret bien gardé ! Peu de gens connaissent le nombre d’emplois en finance qu’on y trouve, l’expertise et le dynamisme de cette industrie ici.

Le classement du GFCI tient compte de deux éléments : les faits et la perception. Si l’on s’en tient aux faits, nous sommes mieux placés. La perception vient diminuer notre cote. Nous devons travailler à mettre en valeur notre industrie, à la faire connaître et à être fiers de ce que nous faisons.

F. I. : Comment faire pour être plus attrayant ?

É. L. : Les entreprises sont à la recherche de deux éléments importants : les ressources humaines, et tout ce qui touche aux coûts d’exploitation. Or, notre ville est en très bonne position en ce qui concerne ces deux éléments.

Montréal compte beaucoup d’universités. C’est une pépinière d’étudiants et de nouveaux talents. C’est la ville qui compte également le plus d’étudiants étrangers au Canada.

En parallèle, le prix des loyers, le prix du pied carré, les salaires, la fiscalité aux entreprises… sont très attrayants au Canada. C’est donc intéressant pour une société internationale de venir s’établir chez nous. Mais nous possédons encore d’autres atouts.

F. I. : Quels sont ces autres atouts ?

É. L. : Nous avons ici toute l’expertise et toutes les fonctions liées à la finance. Nous avons ici de grandes institutions financières régionales : le siège social de la Banque Nationale, beaucoup d’opérations du Mouvement Desjardins, la Banque Laurentienne.

Nous disposons également d’une mesure fiscale incitative pour les entreprises de l’extérieur qui viennent s’établir à Montréal pour mener des activités financières à l’international.

Par ailleurs, le fait que nous ayons une culture plus européenne grâce au bilinguisme et à nos liens historiques avec l’Europe nous permet d’être un pont entre cette partie du monde et l’Amérique du Nord. Or, le réflexe naturel quand on souhaite s’établir en Amérique du Nord est de penser à New York comme grande place financière. Nous devons donc faire connaître tous les avantages de Montréal comme une solution pour mettre en place des activités internationales.

F. I. : Comment promouvoir Montréal à l’international ?

É. L. : Nous avons développé quatre grands chantiers. Deux sont déjà bien avancés, il s’agit des produits dérivés et de la retraite. Les actuaires d’ici sont reconnus pour leur expertise. Nous avons également d’importants fonds de pension, que ce soit Investissements PSP ou encore la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Nous développons également deux autres importants chantiers : ceux des technologies et des infrastructures.

Pour ce qui est des technologies, Montréal est déjà reconnue comme un environnement propice, notamment dans le secteur des jeux vidéo. Nous aimerions avoir la même reconnaissance du côté du développement des logiciels appliqués à la finance. Il existe déjà des firmes de développement de logiciels, par exemple Groupe CGI ou encore Morgan Stanley, qui compte 300 personnes qui font du développement informatique pour toute leur entreprise à partir de Montréal. Nous voulons contribuer à cet essor, notamment grâce au forum FinTech.

Dans un autre ordre d’idées, nous pensons que la demande sera de plus en plus importante dans l’investissement et la construction d’infrastructures. Certains pays doivent les développer, tandis que d’autres doivent réinvestir et les renouveler. Il y a déjà des firmes qui misent sur ce secteur, par exemple Fiera Axium. De plus, les gens qui oeuvrent dans les fonds de retraite aiment pouvoir investir dans des fonds d’infrastructures, car ils amènent des revenus à long terme.

F. I. : Quels sont les outils concrets dont vous disposez pour votre promotion ?

É. L. : Nous pouvons compter sur des événements annuels que nous organisons à l’étranger [NDLR : Finance Montréal et le CFI] où nous invitons de grands responsables financiers à présenter leur entreprise et promouvoir Montréal devant les entreprises locales. Par exemple, Louis Vachon est à New York en novembre. Nous aurons une conférence à Paris avec Serge Godin, fondateur de Groupe CGI. Nous en avons une en janvier à Londres avec Gordon Fyfe, président et chef de la direction d’Investissements PSP.

Nous disposons d’une équipe de démarchage qui se rend en Amérique du Nord et en Europe, et nous commençons en Asie. Nous sommes allés entre autres en Australie, en Chine et à Singapour. Ce sont donc des rencontres individuelles avec des décideurs qui oeuvrent en finance.

Après avoir rencontré les dirigeants, nous les invitons à venir à Montréal. Nous avons ainsi réalisé 84 accueils en cinq ans. Pour ces dirigeants, c’est un voyage de prospection.

Nous organisons des conférences sur des thèmes précis, notamment en lien avec les quatre chantiers dont j’ai parlé. Nous nous sommes associés à la conférence de Montréal pour mettre en place la Conférence internationale de Montréal sur la retraite en juin dernier, avec des spécialistes de la retraite du monde entier, pour mettre en valeur notre expertise.

Nous avons aussi le forum FinTech. La prochaine aura lieu en octobre 2014, en partenariat avec le groupe Innovation for Finance, et s’échelonnera sur trois jours. C’est un groupe international d’échange sur l’innovation financière. Je suis d’ailleurs conférencier à Singapour pour cette même organisation ce mois-ci.

Nous avons également développé un nouveau site Web (voir l’article à ce sujet sur finance-investissement.com).

F. I. : Y a-t-il un pays auquel vous vous intéressez particulièrement ?

É. L. : Depuis cette année, nous travaillons avec des firmes indiennes pour les intéresser à s’installer à Montréal. Elles ont besoin d’établir des activités plus proches de New York notamment, pour répondre à la tendance du near sharing, se rapprocher des firmes, mais dans un endroit où la main-d’oeuvre coûte moins cher et est plus stable. Elles pourraient donc s’installer à Montréal pour leurs opérations vers New York.

http://www.finance-investissement.com/nouvelles/industrie/un-secret-trop…

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